Chers camarades,
Je ne serai pas candidat à la candidature dans notre parti pour l’élection présidentielle.
Cette décision a été difficile à prendre.
Depuis quelques mois, des militants, des responsables socialistes, des
citoyens, cherchant qui pourrait le mieux, dans la présidentielle,
apporter des réponses aux problèmes du pays et préoccupés des évolutions
en cours au parti socialiste, souhaitent que je me présente et me le
demandent souvent directement. Je les remercie chaleureusement de ce
mouvement de confiance.
Je suis moi-même inquiet de l’idée que certains semblent se faire
de l’élection présidentielle, de la distance qu’ils prennent
avec les exigences de la gauche et de la façon dont ils entendent
capter les suffrages des militants socialistes.
J’ai donc exprimé ma disponibilité et envisagé d’être
candidat. J’ai pris part activement aux discussions de ces dernières
semaines, tentant de situer les enjeux de la présidentielle et de
rappeler les valeurs et les principes qui doivent guider un parti
comme le nôtre dans son action politique. J’ai pensé que je
pourrais, fort de l’expérience des campagnes de 1995 et de 1997, de
mon action à la tête du gouvernement et de l’épreuve de 2002,
conduire la gauche au succès et aider la France à relever les défis
qui l’attendent.
Cependant, j’avais indiqué d’entrée de jeu qu’une candidature
de ma part ne prendrait son sens que si elle entraînait un
rassemblement, afin d’offrir un choix clair à nos militants.
Telle n’est pas la situation aujourd’hui, et la perspective de
compter quatre ou cinq candidats sur la ligne de départ pour une
telle occasion me semble déraisonnable.
J’ai le sentiment que le nombre de candidats, la force des pressions
exercées sur le parti et dans le parti au nom de l’opinion et l’édulcoration
probable du débat interne empêcheront une authentique confrontation
des visions de la France, des conceptions de la politique et des
personnalités.
J’ai été neuf ans le Premier secrétaire du parti socialiste.
J’ai été deux fois son candidat à l’élection présidentielle.
J’ai gouverné cinq ans avec son appui. Je ne veux pas, dans une
situation déjà confuse et par une candidature de plus, contribuer à
le fractionner.
Je serai bien sûr attentif au processus de désignation qui
s’engage et à la parole de ceux qui en seront les acteurs.
Le candidat qui sera choisi par les socialistes lors du vote du 16 ou
du 23 novembre sera le candidat de tous.
Au-delà de la campagne présidentielle que j’espère victorieuse,
je défendrai les conceptions de la vie politique, du rapport aux
citoyens, de la gauche et du socialisme démocratique qui sont
essentielles pour notre avenir et auxquelles tant de Français sont
attachés.
Avec mon amitié fidèle,
Lionel Jospin